Paris Match N°2893 - 28 octobre 2004

 Quand Claudia Cardinale, Catherine Deneuve, Pierre Arditi, Luc Besson, CharlElie Couture et PPDA se mobilisent pour les 217 métiers d’art

               

Dans la cour du ministère, rue de Varenne, au premier rang, de gauche à droite: PPDA, Claire Keim, Luc Besson, Claudia Cardinale, Renaud Dutreil, Catherine Deneuve, Erik Orsenna, Christine Dutreil, Pierre Arditi, Maurice Druon. Au deuxième rang : François Jacob, Yves Simon, Macha Meril, Sonia Rykiel, Isabelle Juppé, Nikos Aliagas, Michel Mohrt, Irène Frain, Pierre Rosenberg, Marie-José Nat, André Bourin, ....

 

Pierre Arditi, Catherine Deneuve, Claudia Cardinale, Michel Leeb, Luc Besson, Poivre d’Arvor, Maurice Druon, Sonia Rykiel, CharlElie Couture, Cyrielle Claire, Marie-José Nat, Philippe Tesson, Philippe Delerm, Yves Simon, Macha Meril, Nikos Aliagas, Pierre Rosenberg, Julien Courbet, Claire Keim: ils sont tous venus pour fêter la sortie d’un livre d’exception: «Le geste et la parole des métiers d’art» (éd. Le Cherche-Midi).

Pierre Arditi, Catherine Deneuve, Claudia Cardinale, Michel Leeb, Luc Besson, Poivre d’Arvor, Maurice Druon, Sonia Rykiel, CharlElie Couture, Cyrielle Claire, Marie-José Nat, Philippe Tesson, Philippe Delerm, Yves Simon, Macha Meril, Nikos Aliagas, Pierre Rosenberg, Julien Courbet, Claire Keim: ils sont tous venus pour fêter la sortie d’un livre d’exception: «Le geste et la parole des métiers d’art» (éd. Le Cherche-Midi).
L’histoire vaut la peine d’être contée. A Aix-en-Provence, l’écrivain académicien Erik Orsenna rencontre Renaud Dutreil, alors secrétaire d’Etat aux P.m.e., au Commerce et à l’Artisanat. Tous les deux sont fous des petits métiers d’art, au point que Renaud Dutreil en a fait recenser 217 d’entre eux. Naît ce jour-là l’idée de mobiliser 217 stars des arts et des lettres pour que chacune écrive sur l’un de ces métiers. Toutes ont accepté sans hésiter. Et sont tombées amoureuses de « leur» artisan.

Jean Amadou: «J’avais 6 ans. Mon grand-oncle tissait des robes en lamé. Il était guimpier»

PPDA, de son parcheminier, le métier sur lequel il a écrit parce que son grand-père l’était et qu’il lui vouait une admiration sans bornes. Eve Ruggieri a surpris son monde en brodant sur le tailleur militaire car son grand-père l’était : « J’évoluais enfant au milieu des ciseaux et des tissus quand j’allais le voir à Limoges.» Jean Amadou nous réserve une vraie surprise: il a tissé un joli texte sur le guimpier. « J’avais 6 ans quand je me rendais au quartier de la Croix-Rousse à Lyon, dans l’atelier de mon grand-oncle qui tissait des robes en lamé. Il était guimpier.»
La journaliste-écrivaine Michèle Fitoussi s’est souvenue de son grand-père qui était boutonnier. « Enfant, j’étais fascinée par la mercerie que mon grand-père Albert tenait en Algérie, Les Dames de France. Tous les deux ans, il partait pour la Tchécoslovaquie, d’où il ramenait un fabuleux trésor : des boutons de cristal de Bohême ! ».
Quand elles n’ont pas de souvenirs d’enfance, les stars choisissent de parler de leur passion. Michel Leeb, comme Jean Todt, s’est lancé sur le beau métier de carrossier : «J’adore les belles voitures, leur forme, leur design et tous les grands dessinateurs, de Bugatti à Pinin Farina. » Sonia Rykiel, la reine du noir, s’est éclatée en parlant des coloristes et des couleurs. Marie-José Nat a préféré les pochoirs. « Pendant toute mon enfance, j’ai adoré en faire. »
Le parfumeur Jean-Paul Guerlain s’est souvenu que les potiers d’étain étaient à l’origine de sa famille. Dès lors, pas difficile pour lui de prendre la plume pour saluer leur travail ! Isabelle Juppé s’est laissé séduire par les gnomonistes, « ces merveilleux artisans spécialistes des cadrans solaires». «Ce nom me faisait rêver. Depuis toujours, je suis fascinée par le cadran solaire et je me demandais à quelle science les cadraniers faisaient appel.» Catherine Deneuve a écrit un court poème de quatre vers sur le métier du forgeron, qu’elle admire, comme David Douillet (absent ce jour-là) qui, lui aussi, s’est épanché sur la forge, cette pratique vieille comme l’humanité.
CharlElie Couture a pondu un charmant texte sur les vieux papiers qu’il collectionne après les avoir ramassés dans la rue pour en faire des collages. Il adore et Catherine Deneuve aussi, qui le remercie, en l’embrassant, de lui avoir envoyé un de ses ravissants petits livres, « toujours sur mon étagère », lui dit-elle. Le poète Jean Orizet, lui, s’est laissé séduire par le graveur, qui « joue des polis et des mats», qui « sculpte avec du sable, cisèle avec de l’air, trace des lumières d’alphabet». Tous ces petits métiers oubliés par notre civilisation du Web resurgissent ainsi dans ce livre avec leur nom souvent oublié: rentrayeur, santonnier, pipier de terre cuite, fileur-doreur, émailleur, modeleur-mouleur, ivoirier, nacrier, cornier, marqueteur de pierres dures. C’est justement ce métier que Luc Besson célèbre comme « un art minutieux qui fige la nature dans l’immobilité de la pierre». Line Renaud a, évidemment, préféré écrire sur le plumassier, roi des plumes d’autruche, de coq, de faisan, de dinde, d’oie. « Toute petite, j’étais fascinée par les mains qui cousent, celles de ma mère.» Elle crie aussi son amour pour tous les artisans.
Claudia Cardinale, joyeuse, est intarissable sur les costumiers et se remémore le tournage du « Guépard » : « Mon bustier était trop petit, mais il était si beau que je n’en ai rien dit. A la fin du tournage, j’étais blessée, la peau écorchée. Mais je n’ai rien dit parce que j’avais trop de respect pour mon costumier.» La belle Cyrielle Claire raconte comment, à l’occasion de ce livre, elle a découvert les tailleurs et réparateurs de cristal. « Ils m’ont sauvé la canne d’Arletty – le pommeau s’était cassé –, qu’un ami m’avait offerte pour mon anniversaire. Elle la portait dans “Les enfants du paradis”. Jamais je n’aurais cru pouvoir trouver un réparateur de cristal aussi doué ! »
Patrick Mahé a concocté un éloge des facteurs d’instruments de musique à vent en bois : les cornemuses et les bombardes, « l’âme de la Bretagne». Jean Ferniot célèbre le canneur-rempailleur, et Marc Lambron, le bottier main, le Prix Nobel François Jacob, le luthier, comme Yves Simon. Christian Jacq, le restaurateur d’abat-jour, Pierre Arditi, les fabricants de jeux et de jouets, et Peggy Bouchet, le charpentier de marine. Ce merveilleux inventaire à la Prévert est un hommage aux artistes de France trop souvent oubliés. Les stars qui les célèbrent reverseront leurs droits d’auteur à la Sema (Société d’encouragement aux métiers d’art) pour aider les jeunes qui aimeraient prendre la succession de ces artisans en voie de disparition. Un exemple à suivre.

Auteur : Dupont, Frapin, Dupuis, Léouffre, Masurel

Photos : Hubert Fanthomme

© HFM