D'abord, Claire Keim n'existe pas. «Alors vous me faites bien rire avec la vraie Claire Keim», lance-t-elle. Elle porte le nom de jeune fille de sa mère, s'obstine à garder son patronyme sous silence. «Comme ça, je sais où est la vraie Claire, planquée derrière une petite armure, mais rassurée d'avoir toujours pour elle un espace de vie non épiée et en jachère.» Enfance heureuse écoulée sans télé, «jusqu'à l'arrivée de Canal +», dans un village de l'Oise, à Pontarmé. Père architecte, mère dentiste, bosseurs, allées et venues chez la nourrice. «Un couple d'apiculteurs, qui nous emmenaient aux abeilles ou arracher des doryphores sur les plans de pommes de terre jusqu'au déménagement à Senlis, que j'ai vécu comme un arrachement, pour nous retrouver dans un appartement, loin de ma maison.» Se veut et se voit en haut de l'affiche depuis toute petite, s'enregistre sur des cassettes, monte des spectacles «tout pourris», devant ses parents clap, clap, «bravo ma chérie». Elle fait tout comme le frère, son aîné de deux ans. Beaucoup de solfège et du piano, notamment. Avec un ami très proche, qui la pousse au micro, à 14 ans, elle se produit dans les caves concerts, chante à la demande un répertoire «pas si balloche», Beatles et Stones, Cabrel aussi. A pour modèle Vanessa Paradis. Mais Claire Keim n'est pas passée par l'Ecole des fans, c'est le Pygmalion de Chantal Goya, Jean-Jacques Debout, qui lui fait jeter son cartable à 16 ans, en lui offrant le rôle principal de la comédie musicale Paul et Virginie.  «J'aurais été à la place de ma mère j'aurais peut-être dit : "C'est ça ma fille, tu veux faire comédienne, finis tes pâtes d'abord, passe ton bac et après on verra".» Sa mère se laisse convaincre par sa petite «Clarinette», qui s'inscrit aux cours Florent (deux stages). Son père abdique devant l'ambition de «sa puce» qui, en toutes rencontres, persuade, saisit, ne laissant aucune opportunité partir en échappée.

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