Interview
Féroce traite de l'extrême droite. Vous attendiez-vous à
autant de difficultés lors de la sortie ?
Non. Je ne pensais pas que les
exploitants seraient aussi frileux. Il est pourtant essentiel qu'un film comme
Féroce existe en 2002. Pendant le tournage, le phénomène de l'extrême droite
nous a d'ailleurs rattrapés : Haider avait accédé au pouvoir en
Autriche.
Pourquoi avez-vous accepté cette aventure très risquée
?
Il n'était pas envisageable de ne pas y participer. J'ai le sentiment
d'avoir ouvré pour une bonne cause. Certains reprochent au film d'être trop
didactique. C'est vrai, mais il montre surtout le danger que représente
l'extrême droite. Il s'agit d'aider le public à déceler les idées fascisantes
partout où elles se trouvent. Je suis actrice et je ne ferai jamais de
politique, je soutiens néanmoins Féroce à 2000%.
Vous n'avez donc pas
hésité à accepter le rôle de Lucie, fille d'un leader d'extrême droite
?
Je choisis généralement des personnages qui soutiennent des valeurs
morales auxquelles je crois, qui ont un comportement positif, des héroïnes
modernes en quelque sorte. En acceptant ce rôle, j'acceptais avant tout de
participer à un film et de m'associer à son message plus qu'à un personnage.
Cette expérience m'a beaucoup appris.
Qu'avez-vous appris
?
J'ai dû utiliser des ressorts que je n'avais jamais utilisés car
j'incarne pour la première fois un personnage extrêmement éloigné de moi, même
si je peux en comprendre une partie. J'ai le même rapport à la séduction et au
corps que Lucie, un rapport faussé pour plaire aux professionnels et au
public.
Sans trop dévoiler l'intrigue de Féroce, Lucie apparaît tout
de même comme une jeune femme très ambiguë.
Elle a grandi avec des
oillères, sinon elle n'aurait pu assumer sa vie de fille de leader d'extrême
droite. Elle a toujours été conditionnée, elle doit donc faire preuve d'un
caractère en acier trempé pour retourner les choses. En travaillant à la
campagne de son père, elle va au bout de son cynisme. C'est en fait le
personnage le plus sincère du film.
Féroce participe-t-il à un plan de
carrière ?
Je n'ai pas de plan de carrière. J'ai fait aussi bien du
théâtre que des courts ou des longs métrages, du cinéma ou de la télévision.
J'arrive toujours là où l'on ne m'attend pas. J'aime aller vers des univers
différents à chaque fois que c'est possible. Je me sens d'ailleurs très proche
de Gilles de Maistre. Si je devais avoir une famille de cinéma, ce serait la
sienne.
Des projets ?
J'ai tourné En territoire indien de
Lionel Epp, qui sort le 26 juin. Ce film mélange thriller et comédie. J'ai pour
partenaires Jérémie Rénier et François Berléand. J'ai également participé à
trois téléfilms : Le secret de la belle de mai, un film d'aventures pour France
2 ; Un homme par hasard d'Edouard Molinaro pour TF1 ; Traquée de Steve Suissa
pour M6. Je serai également sur la scène du théâtre Dejazet à partir du 14 mai
pour les concerts de Marc Lavoine.
Propos recueillis par Anthony Bobeau