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On l’avait découverte dans « Les yeux d’Hélène », il y a tout juste dix ans. Après des aventures professionnelles variées, Claire Keim renoue avec la série estivale de TF 1, dont elle est cette fois la grande héroïne. Dans « Zodiaque », un tueur diabolique l’utilise pour adresser des messages à ses futures victimes. La comédienne s’est tellement investie durant cinq mois dans le rôle d’Esther qu’elle a l’impression d’avoir véritablement vécu ce cortège d’événements dramatiques. Révélée à la scène à 16 ans dans « Paul et Virginie », de Jean-Jacques Debout, elle affiche déjà un parcours bien rempli, où la chanson tient une belle place. « Je ne veux qu’elle », son duo avec Marc Lavoine, a été un succès et lui a ouvert les portes de l’Olympia. Claire prépare actuellement un album dont elle écrit les textes et qui devrait sortir à la rentrée. Cette jolie jeune femme, qui a tous les talents, n’a pas fini de nous surprendre.

—
Pendant les cinq mois de tournage de « Zodiaque », vous avez vécu jour après
jour avec Esther, une héroïne qui connaît bien des malheurs... N’était-ce pas un
peu pesant au fil des semaines?
— Le travail a été très intense. Mon
personnage ayant déjà une résonance en moi, mon rôle n’était donc pas réellement
une composition. Je me suis beaucoup servie de moi-même, de mes émotions, de mes
expériences. Les cinq épisodes racontent à peu près quarante-cinq jours, et
vivre autant d’événements dramatiques sur une durée aussi courte, c’est presque
inhumain. J’ai donc exploité ma fatigue physique, afin que ce que j’exprimais
approche au plus près de la vérité.
— Y a-t-il eu une étape de
préparation?
— Non, je me suis jetée à corps perdu dans cette histoire.
J’ai reçu les quatre premiers scénarios en une fois et j’ai passé une nuit
blanche pour pouvoir en terminer la lecture. Francis Huster a eu un coup de cœur
pour le récit et sa présence a donné une autre dimension à la série. Esther
ayant été élevée en dehors de la sphère paternelle, il était intéressant que
Keller (interprété par Francis Huster) puisse représenter un père
potentiel pour elle. Cela faisait entrer une dimension un peu œdipienne dans
leur relation...
— Qu’est-ce qui vous a le plus séduite chez
elle?
— Sa fragilité, sa solitude et sa profonde générosité.
— Elle
donne l’impression d’être une jeune femme sans défauts : elle est également
courageuse et, visiblement, elle n’est pas intéressée par l’argent de la
famille...
— Oui, mais comme tous les autres protagonistes de l’histoire,
elle a un fond d’ambiguïté. Dans les deux premiers épisodes, on peut se demander
à qui profite le crime...
— Par quels traits vous
ressemble-t-elle?
— Je pense être dotée, comme elle, d’une grande
volonté, doublée d’un désir de comprendre. Car, même si Esther est très forte en
apparence, elle est complètement accessible. Elle est comme une rose qui pousse
à l’aide d’un tuteur et qui, tout à coup, montre qu’elle a des épines. Certaines
situations peuvent aussi m’irriter...
— Elle succombe rapidement au charme
du commissaire. Pour votre part, vous nous confiez préférer les relations qui
s’installent d’une façon plus réfléchie...
— Oui, bien sûr... A la
lecture du scénario, je me suis dit : « Pourquoi si tôt? » Il se trouve que cela
fait partie de la narration. La série rappelle les thrillers où danger et
sensualité sont mêlés.
— Il y a une scène d’amour dénudée très réaliste
entre Francis Huster et vous. Vous accommodez-vous facilement de ce type
d’exigences voulues par un tournage?
— En règle générale, oui. Cela
dépend aussi du regard du metteur en scène et des partenaires. En l’occurrence,
il n’y avait aucun problème. Et puis, ces séquences ne sont pas gratuites :
plusieurs clés de l’intrigue s’y trouvent...
— Il y a dix ans, vous avez
effectué vos grands débuts dans une autre série estivale, « Les yeux d’Hélène ».
Comment jugez-vous le chemin parcouru jusqu’ici?
— Je suis contente que
les choses se fassent sereinement. J’ai pu aller de la télé au cinéma, en
passant par la chanson. J’ai été assez touche-à-tout. D’aucuns estimeront que je
me suis un peu dispersée, mais la curiosité m’a motivée.
— Restez-vous sur
votre faim dans le domaine de la musique?
— Non, car je suis en train de
travailler à mon album. Je profite au maximum de mon temps pour chanter. Je me
suis produite dans un cabaret vers l’âge de 14 ou 15 ans. Je me consacrais déjà
à la musique avant de jouer. Alors, pouvoir concrétiser cette passion sur une
scène et à l’Olympia était magique. D’autant que Marc Lavoine a un public de
fidèles depuis très longtemps et qu’ils m’ont accueillie au sein de cette
relation. J’aime énormément Marc et il m’a fait confiance : j’ai donc débuté
dans les meilleures conditions.
— Les artistes qui vous ont le plus
marquée sont plutôt issus de la comédie ou de la chanson?
— J’adore
Audrey Hepburn. Elle a réussi dans ces deux disciplines d’une manière
magnifique. Sa prestation dans « My fair lady » est limpide, c’est de
l’horlogerie fine... Elle y est absolument craquante de spontanéité. Sa vie de
femme a aussi été exemplaire. C’était une personne formidable.
— Vous
écrivez les textes de votre prochain album. Quels thèmes y
abordez-vous?
— Tout me touche et me bouleverse. Je parle aussi bien du
quotidien que des abîmes de l’âme dans lesquels on peut plonger.
— Jadis,
vous avez été abordée dans la rue par un metteur en scène. Etes-vous venue à ce
métier par hasard?
— Je ne crois pas trop au hasard. Disons que j’étais
tout à fait disposée à rencontrer des gens qui me permettraient d’accéder à
cette profession. Et, un jour, en sortant d’une fête d’anniversaire — j’avais 16
ans —, un monsieur m’a demandé : « Est-ce que tu sais chanter et jouer la
comédie? » J’y ai été au culot et j’ai répondu affirmativement. Il a gardé mes
coordonnées et m’a donné rendez-vous pour passer une audition devant
Jean-Jacques Debout, au Théâtre de Paris. Arrivée sur place, j’ai vu que
certains avaient des chansons préparées ou des partitions. On m’a fait monter
sur scène. J’ai interprété « L’encre de tes yeux », de Francis Cabrel. Le
pianiste a tenté de me suivre au feeling. Jean-Jacques m’a fait descendre et m’a
offert le rôle de Virginie. Je suis rentrée chez moi le soir la tête dans les
nuages. J’ai annoncé la nouvelle à mes parents, et ils ont été épatants. Ils
m’ont dit que si c’était véritablement ce que je voulais faire, il ne fallait
pas hésiter et qu’ils me soutiendraient.
— Vous auriez eu une vie toute
différente sans ce clin d’œil du destin?
— Tout arrive à son heure. Le
seul moteur valable actuellement, c’est le désir, et on peut le cultiver. En
tout cas, je remercie toutes les personnes qui se sont trouvées sur mon chemin
au bon moment...
— Qu’est-ce qui manque à votre bonheur?
— Je suis
déjà tellement heureuse... C’est une qualité de savoir aimer ce qu’on a... J’ai
donc simplement envie de dire que j’ai encore plein de choses à
réaliser.
— Vous avez déclaré que vous viviez complètement seule depuis
trois ans. Belle comme vous l’êtes, c’est étonnant...
— Mes propos ont
été déformés : je ne suis pas complètement seule, même si je suis célibataire.
On est bien tout seul quand on commence à bien s’entendre avec soi-même. C’est
dur de répondre à ce genre de question... Dans six mois, j’aurai peut-être
changé d’avis, de vie, d’univers, d’atmosphère, de rêve...
— Vous parlez
souvent de votre chatte, qui partage votre existence. Sans doute n’est-elle pas
partageuse...
— Effectivement, elle est assez exclusive!
(Rires.)
— On a l’impression que c’est elle qui vous dirige.
J’exagère à peine?
— Oui, mais son rythme se calque facilement sur le
mien. Etre auprès d’elle me ressource énormément. Il paraît que posséder un
animal de compagnie diminue le risque de contracter des maladies
cardiovasculaires.
— Puisque nous avons parlé de « Zodiaque », que dit
votre thème astral?
— Je serais quelqu’un qui a besoin d’un cocon, d’une
famille, une femme qui aime les rapports de séduction, ce qui n’est pas
faux...
— Il y a quatre ans, vous disiez : « Je suis une mémère de 24 ans
qui aime son homme »...
— Je suis assez tranquille, sans être pour autant
une vieille fille ou une mémère. Idéaliste, je crois en l’amour absolu. Mais
est-ce qu’il peut durer toujours? Je l’ignore...
— On a affirmé que vous
étiez très dépendante de la nicotine. Vous en prenez volontiers le
risque?
— Je ne me serais jamais permis de dire que je grillais deux
paquets de cigarettes quotidiens, même si c’était le cas. Je ne consomme pas un
paquet par jour. J’ai trouvé très étrange qu’un journaliste raconte un truc
pareil dans un magazine qui est sûrement lu par des jeunes.
— Allez-vous
faire une cure de nature cet été?
— Oui, je vais essayer. Je vais voir
comment s’organise le planning de l’aboutissement de mon album, qui,
normalement, verra le jour à la rentrée. Je vais sûrement aller me ressourcer
quelque part!
Interview : Bernard Alès Photos : Reporters
Source : http://www.cinetelerevue.be