Interview Vertitude Magazine
La Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme a lancé, l'été dernier, une nouvelle campagne d'affichage sur tout le territoire français. Cette dernière, intitulée "Sans nature pas de futur... parce que nos vies sont liées !" est dédiée à la biodiversité. Elle a notamment comme enjeu de changer notre regard sur le vivant et de repenser notre place au cour de la nature.

La Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme a lancé, l'été dernier, une nouvelle campagne d'affichage sur tout le territoire français. Cette dernière, intitulée "Sans nature pas de futur... parce que nos vies sont liées !" est dédiée à la biodiversité. Elle a notamment comme enjeu de changer notre regard sur le vivant et de repenser notre place au cour de la nature.
Pour cela, la Fondation Nicolas Hulot utilise de nouveaux symboles. Exit le lait mazouté maculant le sein nourricier de Gaïa*. Désormais, il s'agit d'un ours et un arbre berçant un nouveau né et d'un aigle lui donnant la becquée. Si le ton a changé, le message est le même : il est urgent d'agir et de faire du développement durable une réalité. La Fondation a par ailleurs choisi de faire appel, pour la toute première fois, à une marraine pour promouvoir son message en la personne de Claire Keim. L'actrice de Zodiaque, du Roman de Luluou encore de Férocenous parle ici, avec sincérité, de son nouveau rôle de marraine, mais aussi de ses inquiétudes et de ses espoirs. Rencontre.
Vertitude Magazine : Le grand public comme les professionnels de l'environnement et du développement durable ne vous attendaient pas dans ce rôle de marraine pour la Fondation Nicolas Hulot. Comment les choses se sont-elles passées ?
Claire Keim : Le plus simplement du monde. En fait depuis des années,
lors d'interviews, et cela a été notamment le cas pour la sortie de l'album de
Marc Lavoine, on me demande souvent quelles sont les choses qui me touchent,
auxquelles je suis sensible. Et invariablement, je réponds environnement. J'ai
eu cette chance de pouvoir grandir à la campagne, près de la forêt. C'est donc
quelque chose qui me tient particulièrement à cour.
Au fil des années, j'ai
vu la nature changer autour de moi et cela m'inquiète. Pour ce qui est de la
Fondation Nicolas Hulot, je dois avouer que j'avais déjà fait un pas dans cette
direction. J'ai en effet un très grand respect pour l'homme et son engagement.
Les choses ne se sont pas faites tout de suite. Un jour, les collaborateurs de
Nicolas, à force de lire des interviews où je parlais de biodiversité et
d'environnement, sont venus vers moi. On a discuté. Et puis quand ils lui ont
soumis mon nom pour devenir marraine ; cela l'a fait sourire et c'est lui qui
leur a donné mon numéro de portable.
Vertitude Magazine : En quoi consiste ce rôle de marraine ?
Claire Keim : Je ne serai jamais une scientifique, ni même aussi rompu à ce discours que Nicolas. Je suis une profane qui essaye de s'intéresser, de poser des questions, de comprendre ce qui se passe. Je lis régulièrement des revues sur le sujet comme Natureet le moins que l'on puissedire c'est que le sujet devient alarmant. Mon rôle consiste à amplifier le discours des spécialistes. Non pas à le grossir, ni à le caricaturer, mais à leur faire profiter de la petite fenêtre de popularité que j'ai réussi à obtenir cet été avec la série pour que le discours des spécialistes ne reste pas muré dans le silence. Ma seule ambition, c'est de contribuer à ce que les gens s'intéressent davantage à leur environnement.
Vertitude Magazine : Que pensez-vous de cette nouvelle campagne d'affichage ? Vous la trouvez plus consensuelle que la précédente ?
Claire Keim : Je ne trouve pas. Elle est visuellement moins choc que celle de l'année dernière. Il y a quelque chose de très beau et à la fois de très menaçant qui se dégage. Je pense que c'est une très belle campagne parce qu'elle explique bien à quel point le destin de l'homme ne peut pas se désolidariser du destin du reste du vivant. La première campagne avait pour sa part l'avantage de mettre le doigt sur l'urgence de ces questions. Visuellement, elle était aussi très réussie. Sur moi par exemple, ce genre de visuel ça marche. Maintenant, je comprends également que cela puisse être interprété de manière agressive et que du coup, certaines personnes refusent le message. Cette nouvelle campagne est, en apparence, plus douce en référence aux symboles qui sont utilisés, mais quand on interprète l'image cela devient inquiétant.
Vertitude Magazine : Pour vous ce message "sans nature, pas de futur... par ce que nos vies sont liés", c'est une bonne définition de la notion de développement durable ?
Claire Keim : C'est évident. Je crois que tous ces mots : environnement, développement durable, biodiversité, etc. qui sont finalement assez barbares pour les profanes comme moi, ont une même et une seule finalité, qui est de respecter la nature sous toutes ses formes. Respecter la nature, c'est aussi respecter la différence, toutes les différences. Cela rejoint votre question sur pourquoi la biodiversité plutôt qu'un autre combat, une autre cause...
Vertitude Magazine : Justement, j'allais y venir...
Claire Keim : La protection de l'environnement et le développement durable regroupent en fait tout un chapelet de causes. Et bizarrement, peu de personnalités se sont mobilisées sur ces questions. Certes, on ne peut pas être de toutes les causes, mais là on a franchi la barrière de l'irréversibilité, on ne peut plus se permettre d'éluder ou de remettre à plus tard ces questions. C'est maintenant qu'il faut agir ! Et en dépit de toute la puissance humaine et du savoir accumulé, on ne saura pas recréer ce que la nature a fait et que nous sommes en train de détruire.
Vertitude Magazine : Certaines actions vous ont mobilisé en particulier ?
Claire Keim : En tant que marraine, mon rôle consiste évidemment à parler de ces problématiques aussi souvent possible. Ce qui est paradoxal avec ce rôle de marraine, c'est que j'ai parfois l'impression d'être privilégiée. À travers toutes les opérations auxquelles je participe, j'ai accès à une multitude d'informations, je fais des rencontres, j'apprends... j'aiguise ma prise de conscience: À la fin de l'été, j'ai ainsi participé à une opération de sensibilisation sur le risque incendie et la protection de la petite tortue du massif des Maures et qui est la dernière espèce de tortue terrestre que l'on trouve en France. La Fondation participe donc à la mise en place d'un système de recension et de cartographie de cette petite tortue afin de pouvoir la préserver tout en protégeant son habitat. L'information et la sensibilisation du public sont primordiales. Sur place, j'ai ainsi appris à faire les bons gestes. Par exemple, lorsque vous voyez une tortue soit sur le dos, soit victime de brûlures, votre premier réflexe est de vouloir la sauver. Donc de la ramener chez vous afin de lui prodiguer des soins et de la nourrir. Et bien pas du tout, c'est en réalité tout le contraire qu'il faut faire.
Vertitude Magazine : Le message de la Fondation est parfois radical sur certains sujets. L'est-il parfois trop ?
Claire Keim : Mais il faut qu'il le soit ! Le problème, c'est que nous n'avons plus le temps d'attendre. Maintenant, il faut agir. Il faut dire les choses telles qu'elles sont et agir en conséquence. L'homme est un animal fantastique. Il est capable des plus belles inventions, de générosité, d'amour... Il faut absolument qu'il retrouve sa place au sein de la nature. Croire qu'il pourra sortir son épingle du jeu tout seul est une hérésie ! On évoque régulièrement les biens et services rendus par la nature, mais ce serait bien, en retour, qu'on trouve les biens et services rendus par l'homme à la nature. Surtout que l'humanité a les moyens économiques et les capacités techniques de dessiner un bel avenir pour ses enfants. Reste à prendre les bonnes décisions. On ne peut plus se permettre de ne pas avoir un discours radical sur le sujet. Le temps presse et l'avenir du vivant en dépend. Le respect de la nature, c'est le respect de l'homme tout simplement et avec un peu de tendresse, on peut changer les choses !
Vertitude Magazine : Cet engagement a-t-il eu des répercussions sur votre quotidien ?
Claire Keim : Sans aucun doute. Mon attention se porte sur tous les gestes du quotidien. Dès que je fais quelque chose, j'essaye d'analyser les répercussions de ce geste, aussi anodin soit-il. J'utilise le même cabas pour faire mes courses ; autant que possible, j'utilise mon vélo pour faire de courtes distances ; lorsque je fais bouillir de l'eau, j'éteins ma cuisinière puisque ma plaque continue à chauffer pendant dix minutes ; quand je me lave les dents, je ferme le robinet ; je fais attention à ne pas laisser ma télé en veille lorsqu'elle est éteinte. Bref, une somme de petits riens, de détails insignifiants, mais qui en fin de compte changent beaucoup de choses.
Vertitude Magazine : Quelle est l'échéance de votre "mandat" de marraine ?
Claire Keim : Toute la vie. Peut-être que dans quelques années, je ne serai plus la marraine de la Fondation Nicolas Hulot, mais cela ne m'empêchera pas pour autant de me battre pour cette cause. Quand on adopte une cause comme celle-là, c'est un bail pour la vie entière...
Propos recueillis par Christian Veyre, Journaliste
Vertitude magazine.
Décembre 2004